2 Octobre 2026
/image%2F5667921%2F20261004%2Fob_4a5fa7_vladimir-max-7.png)
Quand Scarface sort en 1983, le film de Brian De Palma donne l'impression d'avoir été tourné au cœur du Miami des années 1980. Pourtant, cette impression est largement construite grâce aux décors, aux lieux de tournage et au travail de reconstitution. Le film est bien ancré à Miami dans son histoire, mais il n'a pas été tourné entièrement dans la ville.
À l'origine, les producteurs souhaitaient tourner une grande partie du film à Miami. Mais le projet provoque de fortes tensions avec la communauté cubaine locale. Des opposants au film considèrent notamment qu'il risque de donner une image extrêmement négative des Cubains arrivés aux États-Unis après la révolution cubaine. Des menaces et des problèmes liés au tournage poussent finalement la production à déplacer une partie importante des prises de vues en Californie, notamment à Los Angeles.
C'est ainsi que le « Miami » de Scarface est en réalité un mélange de vrais lieux de Miami, de lieux californiens et de décors de studio.
L'un des meilleurs exemples est la maison de Tony Montana.
Le magnifique domaine que l'on voit dans le film existe réellement : il s'agit du El Fureidis Estate, à Montecito, près de Santa Barbara, en Californie. Mais il ne faut pas croire que toute la maison de Tony a été utilisée pour le tournage.
Les intérieurs du manoir, notamment ceux que l'on voit pendant la célèbre scène finale, ont été construits en studio. La production pouvait ainsi contrôler entièrement les décors et filmer les scènes d'action.
En revanche, la façade et les extérieurs/jardins du domaine ont bien été utilisés pour certaines scènes. C'est notamment le cas des scènes extérieures autour du mariage.
Cette méthode explique pourquoi le manoir semble parfaitement cohérent à l'écran alors que ses différentes parties proviennent en réalité de lieux différents.
Mais l'aspect le plus fascinant de Scarface est probablement son inspiration historique.
Pour écrire le scénario, Oliver Stone s'est plongé dans le milieu de la cocaïne qui avait transformé Miami dans les années 1970 et 1980. Cette période, souvent appelée l'ère des « Cocaine Cowboys », était marquée par les guerres entre trafiquants, les assassinats et une violence extrêmement importante.
Stone s'est notamment inspiré de véritables trafiquants et d'événements rapportés à l'époque.
Le personnage d'Alejandro Sosa, par exemple, est généralement rapproché de Roberto Suárez Gómez, puissant trafiquant bolivien surnommé à l'époque le « roi de la cocaïne ». Sosa n'est cependant pas une copie exacte de Suárez : c'est un personnage fictif construit à partir de plusieurs influences du milieu criminel sud-américain.
Frank Lopez, le premier patron de Tony, est également souvent rapproché de trafiquants cubains de Miami, tandis qu'Omar Suarez possède des ressemblances avec Ricardo « Monkey » Morales, personnage particulièrement sulfureux du milieu criminel cubano-américain.
La scène de la tronçonneuse est devenue l'une des scènes les plus célèbres et les plus horribles du film.
Elle n'est pas simplement sortie de l'imagination d'Oliver Stone. Le scénariste s'est documenté sur les méthodes utilisées par les trafiquants de l'époque et sur les récits de violences liés aux guerres de la drogue de Miami.
La scène s'inspire donc du climat de violence bien réel des Cocaine Cowboys. Elle a volontairement été rendue extrêmement brutale pour montrer jusqu'où pouvait aller ce milieu.
Le film s'inspire également de lieux emblématiques du Miami de l'époque.
Le Mutiny Hotel, à Coconut Grove, était alors un endroit très fréquenté par les trafiquants, les hommes d'affaires, les prostituées et les personnalités du milieu criminel. Le lieu est devenu l'un des symboles de cette époque.
Il a notamment contribué à inspirer l'ambiance du Babylon Club, le club luxueux fréquenté par Tony Montana dans le film.
La fameuse scène où Tony Montana défend son manoir contre les hommes de Sosa est elle aussi beaucoup moins « réelle » qu'elle n'en a l'air.
L'intérieur du manoir a été entièrement reconstitué en studio. Cela permettait à Brian De Palma de disposer de suffisamment d'espace pour organiser la fusillade et surtout de contrôler parfaitement les mouvements de caméra, les explosions, les tirs et les effets spéciaux.
Le contraste est donc assez incroyable : le spectateur a l'impression d'assister à l'assaut d'une véritable villa de Miami, alors qu'il regarde en grande partie un décor construit en studio.