10 Mai 2026
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Il y a cinquante ans, dans la nuit du 4 au 5 mai 1976, naissait le Front de Libération Nationale de la Corse. Souvent résumé, sur le continent, aux attentats et aux « Nuits bleues », le FLNC s’inscrit pourtant dans une histoire plus large, née du Riacquistu, le grand mouvement de réappropriation culturelle corse apparu dans les années 1970.
Pour évoquer cette période charnière de l’histoire de l’île, Patrizia Gattaceca a accepté de revenir sur ses souvenirs et sur l’engagement culturel de toute une génération. Figure majeure du chant corse, elle a porté, avec Patrizia Poli, les polyphonies féminines corses bien au-delà de l’île, jusqu’à décrocher une Victoire de la Musique en 1992.
Comment définiriez-vous le Riacquistu ?
Le Riacquistu n’est pas né d’un mouvement politique, mais d’abord d’une démarche culturelle portée par des intellectuels corses au début des années 1970. Des universitaires et écrivains installés notamment à Paris créent alors la revue littéraire Rigiru, avec l’idée de redonner vie à la littérature corse, aussi bien orale qu’écrite.
Très vite, cette réflexion dépasse le seul cadre littéraire. Le Riacquistu devient un projet global de réappropriation de l’identité corse : la langue, les traditions, la mémoire collective, mais aussi une réflexion sociale et politique sur l’avenir de l’île. L’idée était de s’appuyer sur le passé pour construire une Corse moderne, fidèle à son identité.
À l’époque, culture et politique étaient étroitement liées. Le Riacquistu portait déjà une forme d’engagement militant. La défense de la langue et de la culture allait de pair avec la revendication d’une reconnaissance politique du peuple corse.
Dans ce contexte naît le FLNC, qui va mener une lutte armée présentée par ses militants comme une défense du territoire et de l’identité corse, notamment contre la bétonisation du littoral ou certaines politiques jugées contraires aux intérêts de l’île.
J’ai grandi avec ce mouvement. J’étais lycéenne lorsque nous suivions des cours de langue corse donnés bénévolement le soir. Nous découvrions alors toute une littérature, une histoire et une culture que beaucoup de jeunes Corses connaissaient finalement très peu.
Avec Patrizia Poli, nous avons commencé à chanter dans ce contexte-là. Nous écrivions des textes engagés, très poétiques aussi, et nous parcourions la Corse pour les interpréter lors de rassemblements militants. À cette époque, la chanson corse devenait un véritable outil de transmission culturelle et politique.
« Canta u Populu Corsu a joué un rôle fondamental »
Le groupe Canta u Populu Corsu a-t-il été un déclencheur pour la nouvelle chanson corse ?
Oui, incontestablement. Canta u Populu Corsu a été une véritable école. Le groupe a permis de remettre en lumière les chants traditionnels et de redonner vie à tout un patrimoine culturel.
Beaucoup d’artistes majeurs de la scène corse sont passés par cette aventure, directement ou indirectement. Des groupes comme I Muvrini ou I Chjami Aghjalesi s’inscrivent dans cette continuité. Toute une nouvelle génération de chanteurs militants émerge alors dans les années 1970 et 1980.
Votre groupe a ensuite contribué à faire connaître les polyphonies corses à l’international…
Oui, avec les Nouvelles Polyphonies Corses, nous avons ouvert cette musique sur le monde. L’album récompensé par une Victoire de la Musique en 1992 réunissait d’ailleurs de nombreux artistes corses ayant participé au renouveau culturel de l’île.
Cette récompense a été vécue comme une victoire collective. Nous avons aussi eu la chance de collaborer avec de grands musiciens internationaux grâce au travail du compositeur Hector Zazou. Cela a permis aux polyphonies corses de toucher un public bien au-delà de la Corse.
Actuellement, Patrizia Gattaceca travaille à l’enregistrement d’un nouvel album en studio. L’artiste sera également prochainement à l’affiche du nouveau film de Éric Fraticelli, Permis de Détruire, suite du film Permis de Construire. Elle y donnera la réplique à Kad Merad ainsi qu’à Michel Ferracci et Patrick Timsit.
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